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Introduction au besoin d'un financement
autre que bancaire.
Pour montrer le besoin et la nécessité d’un mécanisme d’accompagnement au
financement bancaire dans les économies, aussi bien développées qu’en voie de
développement, nous allons prendre des exemples de cas réels de nombres de
promoteurs, chacun voulant financer son projet. Les projets sont dans des stades
d’avancement, de taux rentabilité et de niveaux de risques différents. Les
promoteurs se sont tous adressés aux banques commerciales, qu’on suppose ici les
seules créanciers de la place.
Cas 1
Le
promoteur est un inventeur qui vient de découvrir un procédé mécanique qui
servira pour la maîtrise de la consommation d’eau, un créneau fortement
stratégique pour le pays. Il a dépensé pratiquement toutes ses épargnes et
l’argent qu’il avait emprunté de ses proches pour le développement du procédé,
et la préparation du prototype. Il s’adresse à la banque à cette étape pour
demander un financement pour la finalisation du prototype, de son essai et de
son marketing.
La banque juge que le projet dans cette étape
de développement est très risqué, du fait que le prototype n’est pas déjà
produit pour juger de sa fonctionnalité, et de sa qualité ajoutée
à une demande du marché ciblé qui n’est pas du tout claire. Elle
suggère au promoteur de recourir encore aux financements des proches et amis, ou
des fonds publiques qui seraient éventuellement disponibles pour cette étape du
projet.
Cas
2
Le promoteur est un
chercheur en biologie moléculaire, qui a travaillé longuement à l’étranger, dans
des laboratoires de produits de santé (pharmaceutiques et autres). Il a obtenu
de son laboratoire, la licence pour la fabrication d’un produit qui nécessite
beaucoup de travail manuel par une main d’œuvre moyennement qualifiée. Il est
assez avancé dans son étude du projet, qui s’adapte avec les qualifications et
les disponibilités de la main d’œuvre locale mais aussi avec les incitations de
l’état pour le secteur des produits pharmaceutiques. Il s’adresse à la banque
pour le bouclage du schéma de financement sachant qu’il n’a pas suffisamment de
fonds propres pour faire face au besoin financier requis du
projet.
La banque juge que le projet a toute les chances de
réussir commercialement vu l’importance de la demande locale du produit qui
jusqu’à ce jour est totalement importé, et vu les coûts de sa production qui
sont nettement compétitifs par rapport aux coûts des produits importés. Elle
doutait, toutefois de l’existence d’un risque technologique du fait qu’elle n’a
aucune idée sur ce volet. Malgré ça, la banque s’est dit pouvoir boucler la
partie crédit moyen terme CMT avec d’autres banques, si le promoteur s’engage à
rassembler avec ses associés un capital non moins de 40% du coût de
l’investissement.
Cas 3
Le
promoteur est un ingénieur Tunisien ressortissant d’un des meilleurs Instituts
Technologiques en Allemagne, et qui a poursuivi ces études d’ingéniorat en
télécoms et en management aux Etats-Unis. Il travaille aux Etats-Unis dans
une firme spécialisée dans le développement des progiciels pour le secteur des
télécoms. Il a une excellente réputation comme étant quelqu’un de très
compétent. Il a appris que le secteur des télécoms s’ouvre en Tunisie, et qu’un
second opérateur du mobile s’installe dans le pays. Il s’intéresse à cibler le
million de clients Tunisiens possédant des téléphones mobiles à travers les 2
opérateurs et ce par des services très variés se basant sur le développement du
soft. Il a déjà un partenaire technique étranger avec lui. Il veut investir et
rentabiliser son investissement au bout d’un an avec une plus-value égale à au
moins 10 fois sa mise. Il a été introduit à quelques personnes fortunées du
pays, pour un bouclage en fonds propres. Il n’a pas pu le faire. Alors il s’est
adressé à la banque pour étudier tout les scénarios de financement
possible
La Banque juge que le promoteur n’a pas les pieds sur
terre, et qu’il a osé présenter un projet de TRI supérieur à 20% pour ne pas
dire 1000%. Quelques responsables de la banque considère que c’est déjà un grand
risque que de lui confier un financement et la gestion du projet. Quant au
projet, la banque considère qu’il est important dans la mesure ou il contribue
au développement d’un secteur stratégique, et d’avenir, à travers lequel le
service en question pourrait apporter une valeur ajoutée à l’économie d’une
manière générale. Elle hésite toutefois à lui accorder un complément de
financement.
Cas
4
Le promoteur est un
cadre dans une entreprise publique oeuvrant dans le secteur des chemins de fer,
qui au fil des ans ne s’est pas senti bien valorisé dans son poste. Il a tout
appris, il a tout donné, il sent qu’il régresse, il veut changer. Etant au début
de la quarantaine, et ayant une formation d’ingénieur électronicien, il s’est
décidé de se lancer dans la création de son propre projet avant qu’il ne soit
trop tard. Il s’est associé avec un ami de classe ayant 10 ans d’expérience dans
la fabrication des circuits imprimés pour la réalisation d’une unité de montage
et d’assemblage des circuits multicouches exclusivement pour le compte d’une
firme étrangère. Ils se sont adressés à la banque, pour un complément de
financement, content qu’ils se sont serrés la ceinture et mobilisés avec
d’autres associés 15% du coût totale du projet.
La banque juge que
c’est assez risqué de travailler avec un seul client, qui pourrait exercer des
pressions sur les marges des coûts de vente des produits. Elle juge aussi que
demander à la banque de financer le projet à hauteur de 85% rend le projet le
sien et n’implique pas les promoteurs suffisamment avec les 15% d’apport en
capitaux. Elle suggère que les promoteurs explorent d’autres marchés et
augmentent leurs mises dans le projet.
Cas 5
Le promoteur est un brillant ingénieur Tunisien
ressortissant des grandes écoles Françaises puis Canadiennes qui s’est imposé
pendant 5 ans auprès d’une grande boite canadienne spécialisée dans la finance.
Il voulait anticiper sur la demande Tunisienne pour les cartes à puce en
s’implantant en Tunisie pour cibler les marchés Tunisien et limitrophes avec
lesquelles la Tunisie a signé un accord de libre échange. Il voudrait acquérir
une petite unité de fabrication de ces cartes, et l’appuyer avec les interfaces
nécessaires pour instaurer tout un système de payement en ligne sur ces marchés.
Il est familier avec le capital-risque canadien mais n’a aucune idée sur
l’existence ou l’absence du capital risque en Tunisie, il s’adresse à la banque
pour conclure l’affaire?
La banque considère le projet assez
risqué vu qu’il anticipe une demande qui n’est pas évidente. Le développement
d’interface de e-payment nécessite toute une culture et des réflexes du
consommateur Tunisien et maghrébins avec lesquels il n’est pas encore familier.
Qui dit que ça pourrait marcher ? En plus le montant suggéré pour la transaction
est très élevé et ne pourrait pas être supporté à 90% par la banque, il faut que
le promoteur et ses associés s’engagent à acquérir une bonne partie du
deal.
Cas
6
Le promoteur est un
industriel qui travaille dans le domaine de l’injection plastique et qui voit
son marché grandir de jour en jour. Il est tenté de présenter à son conseil
d’administration un programme d’extension de l’entreprise pour répondre à un
besoin de plus en plus croissant et une grille des commandes de plus en plus
serrée. Toutefois, la croissance s’accélère, mais les résultats positifs actuels
ne permettront pas de suivre les besoins financiers qui s’annoncent élevés. En
plus il a une obligation de distribution de la moitié des dividendes à partir de
l’année en cours, et il a des charges financières assez lourdes avec 2 crédits
moyen terme que l’entreprise doit honorer. Il décide de grandir avec son marché,
les actionnaires voient aussi une opportunité dans cette extension mais
s’opposent à un recours à l’endettement. Le promoteur s’adresse quand même à la
banque pour avoir son avis sur la situation.
La banque a vu,
après étude du projet d’extension de l’entreprise, que le recours de
l’entreprise à l’endettement pourrait pénaliser sa trésorerie si dans ce cas le
chiffre d’affaires ne serait pas au moins le double à partir de la 2eme année
d’extension. Soucieuse du risque de non remboursement de ses crédits la banque a
suggéré recourir à une augmentation du capital à travers l’implication d’autres
actionnaires pour le montant requis. Un financement en fonds propres qu’aucun
actionnaire n’est en mesure d’assurer et aucune banque commerciale ne peut le
financer.
Cas
7
Le promoteur est un
agent immobilier qui vient d’acquérir un ancien immeuble en plein centre ville,
pour la réalisation d’un complexe commercial avec des locaux à usage
administratif destinés à la location et à la vente ou d'un foyer universitaire.
Ayant épuisé ses épargnes, il s’adresse à la banque muni de tout les preuves de
propriété immobilière de l’immeuble et d’autres biens immobiliers qu’il possède
pour le financement du projet. Le terrain représentant l’apport en nature du
promoteur dans le projet.
La banque considère que le projet
de complexe commercial est très rentable, et ne pose aucun risque. L’apport du
promoteur a été jugé suffisant, et un accord de principe verbale a été accordé
sur place, en attendant la finalisation des procédures d’octroi du
crédit. L’attitude de la banque était similaire pour le projet de
foyer universitaire privé, une activité fortement encouragée par l’Etat. La
seule différence avec le complexe commercial est la rentabilité du projet qui
est jugée moyenne, et suite à laquelle une durée de remboursement relativement
plus étendue pourrait être accordée.
Analyse des Cas.
Tout d’abord nous notons que
les projets sont dans des stades d’avancement différents, ceci n’empêche qu’ils
ont tous besoins de capitaux, pour démarrer, pour se développer, pour grandir
etc... De tous ces contacts, la réponse de la banque pour un complément
de financement est fonction du risque du projet : plus le projet est risqué aux
yeux de la banque moins il est approuvé. Un autre facteur est la rentabilité,
pas par souci de performance et de rendement par Dinar octroyé mais par souci de
possibilité de son remboursement avec les intérêts convenus qui n’ont aucun lien
en fait avec la rentabilité du projet. Cependant, et dans tous les cas
de figures la réponse de la banque est la même quand il s’agit de besoin en
fonds propres: c’est l’objection, la banque ne finance pas le capital, elle ne
peut pas être partenaire et créancier, juge et partie à la fois. A cet effet, et
pour minimiser le risque d’une structure déséquilibrée entre fonds propres et
crédits, elle impose avec beaucoup de logique d'ailleurs, au promoteur et à ses
associés de s’engager davantage dans le capital à travers une plus importante
participation. Il est important toutefois de noter que pour des
projets à risque bas, tels que le projet immobilier, la banque pourrait accepter
une structure de financement avec des ratios fonds propres/crédit bas dont la
partie crédit bancaire pourrait atteindre 80% du coût de l’investissement, ce
qui pose moins de problème pour un besoin en fonds propres.
Pour
les projets qui nous intéressent le plus, ceux à plus haute valeur ajoutée et à
risque, il y a donc un vide financier, que les institutions financières à crédit
ne peuvent pas combler. Le manque réside en fait à faire bénéficier ces
entrepreneurs:
-
De vrais fonds propres,
-
Octroyés sans garantie ou hypothèque
matérielle ou immatérielle,
-
Sans intérêt bancaire, mais des plus
values liées aux revenus et à la valeur du projet,
-
Remboursables à moyen terme par le
projet lui-même une fois qu'il commençe à générer des bénéfices.
Dans le cas d’absence d’un
mécanisme financier personnel, institutionnel ou autre qui puisse mobiliser des
fonds assimilés à des fonds propres d’appui à ces promoteurs, beaucoup de
projets ne verront pas le jour, même si on suppose que les fondateurs ont toutes
les garanties nécessaires pour faire face aux exigences du crédit
bancaire.
Ces entrepreneurs ont besoin d'une
institution qui puisse leur accorder les vrais fonds avec les facilités sus
mentionnées. C'est le concept de base du Capital-Risque que nous verrons en
détail dans les pages qui suivent.
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